Non, un livre numérique n’est pas un simple « livre numérisé »

A l’heure où Google Play lance sa librairie en ligne en France, le livre numérique est sur toutes les lèvres. Le sujet est plus que jamais d’actualité, stratégiquement (pour les éditeurs) et politiquement (pour le gouvernement). Les premiers se préparent à un changement profond de leur métier, tandis que le second veut montrer qu’il est réactif et qu’il sait s’adapter aux évolutions technologiques.

Le problème, c’est que les deux s’y prennent très mal.  Ni l’un ni l’autre ne sont pressés de voir le changement arriver. Pire, on sent que tout est fait pour que la transition soit la plus lente possible et pour que les habitudes de chacun ne soient pas bouleversées. C’est la seule explication qui permet à mes yeux de comprendre l’actualité sur le livre numérique.

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On vous remettra bien un peu de prix unique ?

C’est sûrement l’exemple le plus frappant qui illustre la situation actuelle : on parle de créer une loi sur le prix unique du livre numérique, calquée sur le modèle du prix unique du livre. Pour rappel, la loi Lang sur le prix unique du livre impose depuis des années qu’un livre soit vendu au même prix – ou avec 5% de réduction maximum – dans tous les canaux de distribution : à la FNAC, sur Amazon, à Carrefour et chez votre petit libraire de quartier (s’il n’a pas récemment fait faillite). L’objectif avoué (et avouable) était de protéger les librairies indépendantes qui ne pouvaient pas faire de grosses réductions contrairement à un Carrefour par exemple. Voilà pourquoi tous les livres sont vendus quasiment au même prix.

Le Kindle d'Amazon

Le Kindle d’Amazon

Progressivement, les livres deviennent maintenant numériques. Le marché est encore balbutiant (0,3 % des ventes globales de livres en valeur en France, selon Xerfi) et l’eBook s’est surtout fait connaître grâce à l’arrivée de l’iPad. Mais tout le monde s’accorde pour dire qu’il ne peut que s’amplifier, comme le prévoit Xerfi, grâce aux nouveaux usages que le livre numérique va permettre. Et ici, le gouvernement fait une équation beaucoup trop simpliste :

Livre numérique = Livre physique sur support numérique

Par conséquent, si les deux se ressemblent tellement, il n’y a pas de raison de ne pas créer une loi sur le livre numérique comme on en avait fait une pour le livre physique, n’est-ce pas ?

Grosse erreur.

Pourquoi un livre numérique n’est pas un simple livre numérisé

Certes, le dernier Marc Lévy en version numérique ressemble à s’y méprendre à sa version papier. Mais si on sort du roman de gare classique, on constate que les possibilités du livre numérique sont encore loin d’être exploitées.

Des fonctionnalités multimédia interactives et connectées sont en train d’émerger, on en voit dans le standard ePub 3. Aujourd’hui, je pourrais insérer des vidéos, des quiz dans un livre ou des liens vers les tomes suivants. Pour aller plus loin, je pourrais même faire un « livre vidéo », constitué exclusivement de vidéos. Si on impose un prix unique à un produit immatériel qui peut être constitué uniquement de vidéos, pourquoi ne pas dans ce cas faire de même pour les DVD, Blu-Ray et pour la VOD, qui ne sont pas soumis à un prix unique ?

Il y a une méconnaissance des capacités des supports. La ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, gagnerait à se renseigner plus en détails sur le fonctionnement du livre numérique… et à se détacher de certaines voix du lobby du livre, qui ont tout à gagner à verrouiller l’innovation sur ce secteur et à retarder l’émergence de nouveaux types de livres numériques.

Si on poursuit dans cette voie, le grand perdant sera l’industrie française. Il n’est pas trop tard pour s’en rendre compte. On peut encore éviter de reproduire les mêmes erreurs que pour la musique numérique.

Ne verrouillons pas l’avenir du marché du livre numérique. Donnons-lui plutôt les moyens de s’épanouir et d’innover !

Commentaires ( 10 )

  1. Bonne continuation pour innover là où les instances font les frileux.
    L’avenir appartient à ceux qui osent aller de l’avant. ;)

  2. C’est ca le problème, c’est que les administrations et institutions françaises ne connaissent pas assez les nouvelles technologies ou ne s’y intéressent pas pour évoluer, c’est pour quoi, à mon avis, nous avons des prix assez élevés sur le numérique par rapport aux autres pays européens.

    Je ne connais pas la solution pour progresser à part attendre la relève qui aura, je l’espère des connaissances supplémentaires ou qui prendront en compte l’avis d’experts et de professionnels tels que vous !

  3. Bonjour,

    vous gagneriez à communiquer plus sur l’apport supplémentaire de l’ebook par rapport au pdf des cours du SdZ: si effectivement l’ebook du Zéro (j’ose « eBZ ») apporte son lot d’ajout multimedia – par exemple les tutos « intéractifs », son prix que je trouve trop cher actuellement en sera pour ma part pleinement justifié.

    Cdt,

  4. Très bon article qui résume bien la situation.
    Une situation qui n’est pas prêt de changer hélas. Les maisons d’éditions voient les maisons de disques se faire des coui… en or sur notre dos avec le numérique et se disent pourquoi pas eux. Et je ne vois pas l’état faire quelques chose pour nous.

  5. Et dieu inventa le HTML5 …

    Quel est l’intérêt d’un « ebook intéractif », si ce n’est qu’un mot qui caractérise un type bien particulier « d’application de tablette tactile » ?

    Le livre où l’on raconte avec du texte (et des images) a un sens, car l’interactif n’est pas utile partout.
    Il est donc logique d’en avoir une version papier, et aujourd’hui une version numérique.

    Maintenant, si l’on fait un contenu multimédia qui contient une forte proportion de texte, pourquoi se borner à appeler cela un ebook ?
    Les tutos du Sdz (du texte, du texte, du texte, des images … et des liens vers d’autres sites) sont aujourd’hui plus proche du livre qu’un « livre vidéo », pourtant, le SdZ n’est pas appelé eBook avant d’être converti au format PDF ou ePub …

    Wikipedia ne se revendique pas du livre, alors pourquoi le futur support de cours du SdZ qui n’aura plus grand rapport avec un livre serait-il décrit comme livre numérique ?

  6. Alors là je ne suis absolument pas d’accord avec vous.

    Je ne vois pas pourquoi le fait d’imposer un tarif unique pour les ebooks seraient contre l’innovation ? Cela permettrait juste de laisser sa chance aux nouveaux entrants sur le marché. Car comme vous l’avez remarqué pour l’instant aucun standard n’existe vraiment sur concernant l’ebook. Vous avez très bien décrit toutes les possibilités que cela peut offrir en terme d’interractivité, mais le fait d’instaurer un tarif unique pour la vente d’ebook permettra aux petites maisons d’édition françaises d’exister face aux géants Apple, Amazon & co. Car oui le véritable enjeu est là en réalité.

    Tant qu’il n’y aura pas une véritable standardisation, il faut pouvoir assurer que les géants ne trusteront pas injustement les ventes en jouant sur le facteur volume pour afficher des prix très bas.

    • Je ne vois pas bien ce que vient faire la standardisation des formats là-dedans. C’est plutôt la définition d’un livre numérique qui n’est pas claire. :)

      Je ne vois pas non plus le rapport avec les petites maisons d’édition (que nous sommes). Nous éditons des contenus, nous ne sommes pas distributeur, il ne faut pas nous comparer avec Amazon et iTunes nous ne faisons pas le même métier !

      Enfin, il faut préciser que si le prix unique du livre numérique n’est pas imposé à l’heure actuelle par la loi, c’est quand même une réalité de facto. En effet, si iTunes voit que le prix de ton livre est inférieur sur Amazon, ils se réservent le droit de le mettre au même prix. Et vice versa. C’est dans leurs CGU.
      Tout le monde veut avoir le prix le moins cher, et il n’y a plus vraiment de facteur limitant (comme dans le cas du livre physique) qui indique que l’on puisse réduire les coûts en ayant de gros moyens étant donné qu’il s’agit d’un support dématérialisé. Franchement, ce n’est pas le prix de la bande passante qui fera la différence sur le prix final, contrairement à ce que certains distributeurs essaient de faire croire d’ailleurs. ;)

      • Là où je ne suis pas d’accord, c’est de vouloir absolument mettre un contenu multimédia dans un livre numérique.

        Un livre, numérique ou pas, reste un livre avec du texte et quelques images.

        Si tu veux faire un livre, avec vidéo, quizz etc, autant aller sur le site du zéro et l’affaire est classée. Aujourd’hui, en France, même si nous ne marchons pas trop vite côté numérique, nous pouvons avoir accès à Internet presque partout.

        En bref, un livre doit rester un livre. Pour ce que tu veux faire, tu as les applications.

      • Quand je parle des maisons d’éditions je parle directement des éditeurs français qui ne voudraient justement par être trop dépendant des géants comme Amazon & co, et développer eux même leur propre moyen de distribution.

        C’est là où la standardisation est importante, car il faut permette une comptabilité sur tous les moyens de lecture mais également ne pas défavoriser des distributeurs numériques qui se voudraient indépendant.

        Enfin sur ton dernier argument, c’est exactement ce que tu viens de dire, les prix sont tirés par le bas du fait que les grands comme Amazon ou Itunes veulent faire du volume, ils vont donc tout faire pour s’aligner systématiquement à la baisse. Et la dégénérescence en guerre des prix que cela peut entraîner empêchera des reseaux de distribution indépendants d’émerger.

        Il faudrait donc selon une loi sur le prix unique du livre numérique permettant de fixer un prix garantissant un profit minimum espéré pour des petits réseaux de distribution.

        Sinon c’est courru d’avance Amazon & Itunes trusteront le marché, et ils feront comme bon leur semble quant à l’heure politique de distribution etc.

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