xMOOC, cMOOC… Qu’est-ce qui marche vraiment ?

Comme je l’expliquais dans le billet précédent, on voit émerger de plus en plus d’initiatives de cours en ligne ouverts. Le phénomène a pris le nom de MOOCs (Massive Open Online Courses).

Je trouve passionnant d’observer comment ces cours en ligne se déroulent, les succès autant que les échecs. Ces nombreux essais nous apprennent beaucoup sur ce que les cours en ligne peuvent apporter, mais aussi ce qui ne marche pas et les limites des modèles actuels.

xMOOC vs cMOOC

Pour faire simple, on distingue deux approches différentes de cours en ligne :

  • Les xMOOCs : le ou les enseignants rédigent un cours qu’ils dispensent à leurs élèves. C’est le modèle « classique » de la salle de classe… sauf qu’appliqué à Internet le cours s’adresse potentiellement à des milliers d’élèves. Cela reste une approche très « top-down » : l’enseignant sait et il divulgue son savoir.
  • Les cMOOCs : chaque élève peut potentiellement devenir un enseignant qui apporte sa pierre à l’édifice du cours quand il peut faire une contribution. On parle de connectivisme (un sujet présenté notamment par Stephen Downes dans son dernier livre). S’il n’y a pas d’enseignant, il y a néanmoins des organisateurs qui structurent les discussions et contenus proposés.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, un MOOC n’est pas forcément soit un xMOOC, soit un cMOOC. Il peut être un mélange des deux (80% xMOOC, 20% cMOOC). Quelques exemples :

  • Les cours de Coursera ou edX sont en majorité des xMOOCs. Des universités parmi les plus célèbres y proposent les cours de leurs professeurs. Le cours est très stucturé et souvent les élèves influent assez peu sur le contenu. Pourtant, certains cours ont une composante cMOOC plus forte. L’un d’eux a fait parler de lui récemment sur Coursera : un cours sur « Comment créer un cours sur Internet » s’est soldé par un échec cuisant, le professeur étant mal préparé. Vous apprécierez l’ironie. :)
  • Des initiatives plus localisées comme le MOOC ITyPA sont, elles, très orientées cMOOC. Si vous regardez bien le contenu… il n’y en a pas vraiment. En fait, les participants communiquent au fur et à mesure ce qu’ils savent aux autres, et ajoutent des liens vers d’autres contenus sur Internet qui leur paraissent utiles. L’ensemble est un peu difficile à déchiffrer quand on arrive de l’extérieur, mais ce type de MOOC est plutôt une expérience à vivre. Les retours sur ITyPA sont assez positifs.

En découvrant les termes et les concepts, j’ai eu au début le sentiment d’une opposition : un xMOOC a l’air d’être un modèle plus « traditionnel » (une salle de classe en ligne en gros), tandis qu’un cMOOC paraît plus innovant, inspiré d’une approche peer-to-peer. J’avais tort : la réalité est beaucoup plus nuancée que ça. Ce n’est pas l’approche qu’on choisit qui détermine à coup sûr si le cours sera innovant et compréhensible.

Créer un MOOC quel qu’il soit ne revient pas juste à « prendre son cours traditionnel, l’enregistrer en vidéo et le diffuser sur Internet ». En fait, on peut le faire, certains le font, mais le résultat n’est pas toujours à la hauteur. Il ne suffit pas d’enregistrer son cours d’amphi et de le mettre en ligne pour que ça fonctionne. Il faut concevoir son cours spécialement pour une lecture sur Internet, en exploitant les outils dont on dispose et en n’oubliant pas une chose essentielle : vous ne pouvez pas forcer vos étudiants à venir dans un amphi, il faut les « draguer » pour qu’ils aient envie de continuer à suivre votre cours.

Qu’est-ce qu’un « bon » cours  ?

La question n’est donc pas de savoir s’il est mieux de faire un xMOOC ou un cMOOC. Les deux approches sont intéressantes, mais dans tous les cas vous êtes voué à l’échec si vous n’établissez pas une vraie connexion émotionnelle avec vos apprenants.

Je pense que la clé du succès d’un cours passe justement par là : attirer et valoriser ses élèves en ligne, plutôt que de les forcer à venir dans un amphi en les sanctionnant s’ils sont absents. Pourtant, j’ai entendu plusieurs fois cette phrase qui me hérisse les poils : « Oui, mais mes élèves sont fainéants il leur faut un cadre  structuré« . Je ne dis pas que les élèves ne sont pas fainéants : nous le sommes en fait tous, moi le premier ! Mais en rejetant la faute sur « le manque d’intérêt de l’élève pour le cours », on passe peut-être à côté d’un élément essentiel : et si c’était le cours qui n’était pas intéressant à la base ?

En prenant un peu de recul aujourd’hui, je me rends compte que j’ai eu la chance d’avoir une grande variété de types de professeurs et de cours pendant ma vie d’étudiant, du bon comme du moins bon. Les meilleurs à mes yeux sont ceux qui ont le plus réussi à m’intéresser à des matières pour lesquelles je n’avais parfois aucun attrait à la base. Leurs cours étaient vivants, ils racontaient des histoires, ils le faisaient bien et j’avais tellement envie de comprendre que j’allais parfois plus loin que le cours pour me renseigner sur le sujet.

Et puisqu’il faut le dire une bonne fois pour toutes… Non, rendre un cours intéressant ce n’est pas le brader ! Raconter des histoires, ce n’est pas infantiliser ! Simplifier, ce n’est pas mentir !

Avant d’aller dans des sujets plus complexes avec ses élèves, il faut encore qu’ils accrochent au début et qu’ils aient envie de continuer avec vous. Pour faire ça, il faut avoir une vraie envie de parler à ceux qui débutent, sans les infantiliser et sans les prendre de haut. Il faut échanger avec eux avec passion et humilité.

J’ai vu un bel exemple de cette approche chez Tyler DeWitt dans une présentation TEDx. Je vous recommande vraiment de la regarder, en espérant qu’elle vous inspirera autant que moi !

 

Commentaires ( 3 )

  1. J’ai adoré ce post, il y a une énorme part de vérité. Les meilleurs profs sont ceux qui arrivent à faire passer des émotions dans leurs cours.
    Par contre je ne suis pas tout à fait d’accord dans le fait qu’internet dispose majoritairement de cours simple et accessible. Ayant été étudiant en électrotechnique, les principales ressources que j’ai pu trouver sur internet étaient incompréhensible, pleines d’explications incompréhensibles à base de formules mathématiques, d’introduction à plusieurs sujets dans un même sujet ce qui embrouille complètement. Enfin l’image que j’ai des cours (je parle maintenant des leçons externes au site du zéro) sur internet c’est qu’ils ont tendances à être trop complet et que c’est finalement plus une présentation approfondie d’un sujet plutôt qu’une manière d’apprendre le sujet en lui-même.

    En tout cas j’ai adoré la vidéo !

    • Merci. :)

      Pour rappel, je n’ai pas du tout dit qu’Internet dispensait majoritairement des cours simples et accessibles. Ils sont certainement plus ouverts et plus massifs (quand il s’agit de MOOCs) mais ça ne garantit en rien qu’ils seront plus compréhensibles qu’un cours traditionnel d’amphi.

      C’est pour ça que j’ai écrit :

      La question n’est donc pas de savoir s’il est mieux de faire un xMOOC ou un cMOOC. Les deux approches sont intéressantes, mais dans tous les cas vous êtes voué à l’échec si vous n’établissez pas une vraie connexion émotionnelle avec vos apprenants.

      En somme : ne vous leurrez pas, ce n’est pas parce que vous faites un cours en ligne avec de nouveaux outils qu’il devient meilleur par magie. En fait, que ce soit un cours traditionnel en amphi ou un cours en ligne, c’est la fibre pédagogique du prof qui compte en premier.

  2. C’est un grand coup de joie que j’ai lu votre post.
    Ce que j’ai à dire ce que nous pouvons faire une nouvelle réorganisation des XMOOC et CMOOC afin de les orientés suivant le niveau et le cursus.
    Je suis en Afrique et nous avons moins de ressources pédagogique. Le site de zéro est pour nous la salle de cours et la bibliothèque et le site developpez.com est le laboratoire.

    Merci à MATHIEU NEBRA

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