Découvrez les classes inversées, une nouvelle façon d’apprendre

Du 28 au 30 juin prochain se tiendra le CLIC, un congrès dédié aux classes inversées et aux pédagogies actives, une nouvelle approche pédagogique. Depuis trois ans, ce sont plus de 500 professeurs et partenaires qui se réunissent chaque année pour échanger autour de cette nouvelle approche éducative. L’idée centrale est de ne donner aux élèves chez eux que des tâches simples – lire un texte, visionner une capsule, rédiger un résumé, etc – et de réserver les tâches complexes à la classe avec le professeur.

Comme le soulignait Michel Serres, Internet a bouleversé notre rapport au savoir et à son acquisition et par conséquent les enseignants doivent faire évoluer leurs pratiques de classe.

La classe inversée, structurée autour des principes de motivation, d’autonomie, de coopération et de collaboration participe de cette volonté de renouvellement.

Pour nous aider à mieux comprendre et à analyser cette pratique pédagogique innovante, nous avons rencontré Adrien Arrous. Enseignant de français et d’histoire-géographie depuis une dizaine d’années et ancien président de l’association “Inversons la classe !”, Adrien a découvert le principe des classes inversées par hasard, au cours d’une présentation donnée par des pairs. Il a immédiatement été séduit.

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Qu’est-ce que la classe inversée ?

Au sens strict, la classe inversée suggère que le cours serait fait par l’élève, hors la classe, et les devoirs en classe. En pratique, les choses sont moins caricaturales et pour Adrien Arrous, cette vision de la classe inversée est à nuancer, tout comme l’idée d’opposer classe inversée et classe traditionnelle.

Marcel Lebrun, l’un des penseurs des classes inversées, fait d’ailleurs de l’hybridation et de la modularité le cœur de l’inversion. La classe inversée n’est pas une méthode, mais plutôt une « stratégie pédagogique renforcée dans le contexte d’utilisation d’outils numériques ». En effet, les principes ne sont pas inscrits dans le marbre : chaque enseignant s’adapte à ses élèves et à son sujet. 

Pour moi, et une grande partie de mes collègues, il n’y pas un unique modèle de classe inversée, il y a des classes inversées.

« Ce n’est ni un système, ni une méthode mais bien un ensemble de stratégies, de pratiques, d’échanges et parfois d’outils qui permettent de mieux mettre les élèves en activité et de manière différenciée. L’idée est la suivante : les élèves font les activités de bas niveau cognitif en autonomie tandis que les activités plus complexes sont faites avec l’accompagnement du professeur. Et pour faciliter la diversification et l’accompagnement de chacun en fonction de son niveau de compétence, les outils numériques sont souvent indispensables.

Dans le même esprit, nous retrouvons les classes renversées, les classes flexibles, les classes mutuelles, les classes coopératives.

  • La classe renversée consiste à mettre des étudiants dans une situation d’être eux-mêmes les producteurs du savoir. Les élèves sont alors chargés de construire le cours, en compagnie du professeur, mais à eux de rechercher des ressources pour cette construction.
  • La classe flexible est, par nature, plus adaptée aux classes maternelles et primaires, elle repose sur un nouvel aménagement de la classe de telle façon que les élèves puissent se mouvoir en des lieux distincts en fonction de l’activité qu’ils accomplissent dans le cadre du plan de travail donné par le professeur. Spatialement, une classe flexible est en rupture totale avec une salle de classe traditionnelle : finies les rangées de tables et de chaises, bienvenue aux poufs multicolores et aux chevalets d’artistes… en plus des tables et chaises permettant le travail.
  • Les classes mutuelles reposent aussi sur une évolution de l’espace de la classe, en collège ou lycée, en multipliant les tableaux aux murs afin que les groupes d’élèves puissent s’entraider entre pairs au tableau.
  • Les classes coopératives de leur côté structurent l’idée de coopération entre élèves dans les apprentissages. Il est évident que toutes ces pratiques s’entremêlent au gré des projets pédagogiques”.

Aux origines

« Il est difficile de mettre une date exacte sur la première fois que le principe de classe inversée a été expérimenté, parce que son origine n’est pas unique » nous indique Adrien Arrous.

Il est vrai qu’en une dizaine d’années, de nombreux travaux ont été publiés sur le sujet et dans des contextes différents. Eric Mazur, par exemple, est considéré comme l’un des pionniers de la discipline : physicien et enseignant à Harvard, il crée en 1990 l’instruction par les pairs, une méthode d’enseignement comprenant déjà quelques notions de classes inversées. Il écrivit d’ailleurs un ouvrage sur le sujet intitulé Peer Instruction, A User’s Manual en 1997.

Dans le milieu de la francophonie, c’est le Belge Marcel Lebrun, docteur en sciences et professeur en sciences de l’éducation, qui a forgé le concept de classe inversée. En 2016 est sorti son ouvrage Classes inversées : Enseigner et apprendre à l’endroit ! rédigé en collaboration avec sa collègue Julie Lecoq.

Jonathan Bergmann et Aaron Sams, deux professeurs américains du Colorado, font également partie des précurseurs de la classe inversée. En 2007, ils tombent sur un article intitulé “Inversons la classe”, rédigé sept ans plus tôt par trois professeurs de l’université de Miami-Ohio. Les deux collègues sont immédiatement captivés par l’idée. Ils décident de la mettre en pratique. Pour cela, ils enregistrent leurs cours sous forme de PowerPoint et y ajoutent leur voix et des notes écrites. L’année suivante, ils choisissent d’envoyer ces vidéos, en amont de chaque cours, afin de pouvoir utiliser les temps en classe pour échanger sur les notions présentées, répondre aux éventuelles questions et procéder à des exercices d’application. La flipped class – ou encore inverted class – ancêtre de la classe inversée en France – était née.

La classe inversée, un choix

La classe inversée représente une véritable rupture pour tout enseignant qui commence à la pratiquer. Une fois adoptée, une étude réalisée par notre association a révélé que la grande majorité des enseignants n’envisage pas de revenir à leur pratique antérieure ».

En revanche, pour Adrien Arrous, il n’y pas vraiment d’opposition entre les deux systèmes en termes de mise en œuvre, dans le sens où ils peuvent cohabiter. Il serait même juste de dire que les deux systèmes sont complémentaires.

Les classes inversées sont considérées par les professeurs comme une pratique que chaque enseignant peut utiliser et adapter en fonction de son sujet et de ses objectifs. Il n’y a donc pas vraiment de contextes.

Les classes inversées sont avant tout une pratique pédagogique ; grâce à elles, un enseignant ou une équipe peuvent atteindre plus sûrement leur objectif fondamental de mettre leurs élèves en activité tout en différenciant leurs parcours.

Et par travailler différemment, Adrien Arrous parle aussi de l’usage des outils numériques par les praticiens des classes inversées.

Motiver, motiver et motiver

Si les méthodes traditionnelles d’enseignement ont tendance à favoriser le travail individuel, que ce soit en classe ou à la maison, les classes inversées ont la volonté de renforcer la collaboration entre les élèves.

Le travail collaboratif, l’aide entre pairs c’est quelque chose de très important au sein des classes inversées ; on favorise l’apprentissage de la coopération, en travaillant en groupe, avec des rôles attribués et une répartition des tâches ; c’est très positif.

Et cette pratique a un impact certain sur la motivation des élèves. En effet, ils ne se retrouvent plus seuls chez eux face à des exercices mais ensemble à partager les compétences de chacun pour rechercher des solutions.

Afin de ne pas démotiver les élèves, et de tenir compte des inégalités culturelles des familles, les tâches effectuées en autonomie en dehors de la classe sont les plus simples : il s’agit de visionner une vidéo, de lire un texte, d’écouter un podcast ou encore de commencer des exercices de mise-en-bouche. « Les élèves ayant le plus de facilité peuvent ainsi apprendre à leur rythme et arriver en classe avec les éléments nécessaires à la résolution, en autonomie, des exercices proposés ou bien ils pourront aider leurs camarades moins rapides, ce qui renforcera leur compréhension de la notion. Cela permet de dégager du temps à l’enseignant pour s’occuper des élèves les plus en difficulté, en réexaminant la leçon et en les accompagnant dans la résolution des exercices ».

L’inversion en classe touche aussi clairement à la position du professeur.

En classe inversée, le professeur n’est pas dans un face à face avec la classe ou le dos tourné au tableau, il est assis au sein d’un groupe, à côté d’un ou d’une élève qui a besoin de lui. Et les élèves, tout comme le professeur, peuvent se mouvoir dans la classe en fonction des activités.

L’autonomie, facteur d’inégalités ?

En théorie, il est à la portée de tout étudiant de travailler sa leçon en dehors de ses heures de classe. Pourtant, en pratique, certains élèves montrent des difficultés à assimiler les concepts en autonomie. Il arrive également qu’ils ne disposent pas d’un cadre idéal à la maison pour pouvoir s’isoler et travailler. D’autres encore n’ont même pas accès à un ordinateur ou à Internet. Cette notion d’autonomie, très importante au sein des classes inversées, pourrait donc être perçue comme discriminante pour des élèves en difficulté ou en provenance de milieux défavorisés.

Adrien Arrous, quant à lui, ne voit pas cela comme un obstacle, bien au contraire :

L’autonomie, c’est quelque chose qui s’apprend, nul n’est naturellement autonome, chacun peut le devenir dans un contexte favorable. C’est l’un des points forts des classes inversées que de permettre d’apprendre à apprendre. 

Quant aux élèves n’ayant pas accès à l’équipement nécessaire pour apprendre à la maison, Adrien Arrous ne considère pas cela comme un “nouveau problème” : « l’éducation fait toujours face à des inégalités : il y a des milieux sociaux dans lesquels l’élève bénéficie de l’attention des parents, de leur capital culturel, et d’autres où l’élève ne peut compter sur personne.» Mais justement parce que les classes inversées sont utilisatrices de moyens numériques et demandent un travail hors la classe, il est de notre devoir de proposer des solutions au sein de nos établissements afin de ne pas aggraver la fracture sociale.

Et le travail du professeur ?

Un simplisme véhiculé par des détracteurs de l’innovation pédagogique poserait que finalement « le professeur donne le cours à apprendre hors la classe et se contente d’aller d’un groupe à une autre en cours », c’est peu fatigant. D’autres, au contraire, affirment que réaliser des vidéos, des présentations numériques, etc, serait extrêmement chronophage.

Une appréciation illégitime selon Adrien Arrous, qui estime que le temps de préparation d’une classe inversée n’exige pas plus de temps qu’une autre pratique pédagogie, du moins dans la routine. « Certes, la classe inversée représente beaucoup de préparation en amont afin de construire un parcours éducatif précis. Mais le travail récurrent est bien moins chronophage que dans la méthode traditionnelle, grâce au numérique, même si ces enseignants se doivent d’adapter ces parcours en rétroaction de l’expérience avec les élèves ». Selon le professeur de Français et d’Histoire-Géographie, cette méthode nécessite simplement un temps d’adaptation. « C’est un passage obligatoire lors de cette première année où le professeur se lance et cela n’a rien d’insurmontable. De plus, si un professeur a besoin d’aide, il peut bénéficier de l’appui de notre communauté, toujours plus nombreuse chaque année ».

Conclusion

Le concept ne s’étant répandu que depuis quelques années, il est difficile de trouver des études permettant de valider les avantages pédagogiques des classes inversées.

Pourtant, cette approche se répand organiquement de professeur en professeur, à travers le bouche à oreille ou lors des conférences proposées par les associations spécialistes du sujet.

Et de constater que les pratiques professionnelles des enseignants évoluent de plus en plus vers des modèles hybrides mêlant aux classes « traditionnelles » des pratiques de classes « innovantes », pour des élèves plus actifs en classe.

Pour aller plus loin :

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