Auto-entrepreneurs : le retour de boomerang ?

Boomerang« Lourd est le parpaing de la réalité sur la tartelette aux fraises de nos illusions ».

C’est un peu le sentiment qu’ont dû avoir certains auto-entrepreneurs en découvrant qu’ils allaient devoir payer des impôts… même s’ils n’ont rien gagné cette année !

Il y a quelques jours, la polémique a enflé sur Internet entre auto-entrepreneurs. La cause ? Une lettre du fisc leur réclamant de payer la CET (Contribution Economique Territoriale), une taxe qui remplace la célèbre « Taxe professionnelle ».

En tant qu’entrepreneur, je suis désormais habitué à voir passer des papiers réclamant de payer taxes et impôts… Mais il semblerait que les auto-entrepreneurs soient pour la plupart des particuliers qui ont créé leur première entreprise via l’auto-entreprise. D’où des messages de colère d’auto-entrepreneurs qui ne comprennent pas que l’on puisse payer des taxes, a fortiori si on n’a pas du tout généré de chiffre d’affaires dans l’année.

Petite analyse de ce qui s’est passé…

Les risques de l’entrepreneuriat

Etre auto-entrepreneur, c’est entreprendre

Le gouvernement s’est vanté haut et fort du succès du statut d’auto-entrepreneur. La création d’entreprises a bondi comme par magie et tout le monde s’est, semble-t-il, découvert une passion entrepreneuriale. Plus de 500 000 (un demi-million !) d’auto-entreprises ont été créées depuis le début du statut, ce qui est un chiffre énorme.

Cependant, en voyant ces « très bons » chiffres, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que c’était l’arbre qui cachait la forêt. Comment se fait-il que tant de monde veuille tout à coup créer une entreprise ? Par expérience, je sais aujourd’hui que ce n’est pas « si facile » que ça et qu’il faut être prudent. Cet intérêt de masse pour l’auto-entreprise m’a surpris. Non pas que je tienne à ce qu’entreprendre soit réservé à un petit cercle fermé (sinon on ne partagerait pas ici notre expérience pour vous encourager à faire de même ! :o), mais voir tant de monde aussi rapidement intéressé par la création d’entreprise était étonnant.

Et entreprendre implique des conséquences

Je pense que je comprends mieux aujourd’hui pourquoi cela me choquait : tout est allé très vite car il y a eu un gros battage médiatique autour de ce statut magique qui permettait de créer son entreprise sur Internet en 2 clics… et tout le monde n’a pas forcément bien mesuré les conséquences de la création d’une entreprise.

On ne l’a pas assez clairement dit lors du lancement en fanfare du statut, mais créer son auto-entreprise, c’est créer une entreprise. Et oui, créer une entreprise implique des conséquences. Vous êtes caution personnelle dans la plupart des cas si quelque chose se passe mal, vous n’avez pas le droit aux allocations chômage si vous cessez votre activité et il ne faut pas rêver pour votre retraite, vous avez intérêt à mettre de côté. C’est sûr que si on avait présenté le statut d’auto-entrepreneur comme ça, il y aurait eu moins de créations d’entreprises ! :D

Malgré ça, c’est une expérience formidable, mais pas nulle en terme de conséquences. Il semblerait que ces « évidences » aient été occultées. Si vous êtes salarié et que vous passez entrepreneur, vous avez l’impression de vous mettre à nu (et c’est plus ou moins ce que vous faites !). Vous prenez des risques. Bienvenue dans le monde de l’entrepreneuriat !

La communication ratée du gouvernement

Souvenez-vous du lancement du statut d’auto-entrepreneur : on n’avait de cesse de répéter « 0 chiffre d’affaires = 0 taxes ». Sous-entendu : vous ne prenez aucun risque. Comme je viens de vous l’expliquer, c’est bien entendu faux : il y a toujours des risques.

Pourquoi entreprendre si c’est pour ne rien faire ?

Quelque chose m’étonne : plus de la moitié des auto-entrepreneurs n’ont pas déclaré un seul centime de chiffre d’affaires l’année passée. C’est énorme : cela veut dire qu’une personne sur deux n’a pratiquement rien fait pour développer son auto-entreprise. Il y a donc eu une part importante d’entreprises créées dans le vent, pour rien

Pour le moment, je ne vois pas d’autres explications : beaucoup de gens ont créé leur auto-entreprise parce qu’ils pensaient ne rien risquer. Ils l’ont créée « au cas où », sans écrire de véritable stratégie de développement. C’est probablement là que se situe l’erreur : on ne peut pas créer une entreprise et l’oublier. La preuve : les impôts vous rappellent tous les ans (voire tous les mois !) que vous avez une entreprise et qu’il faut payer. :D

La rencontre de deux mondes

Cette affaire aura permis de mettre en avant les « défauts » de l’auto-entrepreneuriat, qui sont en fait les mêmes que ceux de toute forme d’entrepreneuriat. De fait, deux mondes se rencontrent :

  • Les auto-entrepreneurs, qui semblent surpris parce qu’on leur demande de payer une taxe… alors qu’ils pensaient ne rien devoir payer s’ils ne gagnaient rien.
  • Les autres entrepreneurs, plus habitués en général à voir défiler des papiers des impôts, s’étonnent de la réaction des auto-entrepreneurs (et se demandent s’ils ont bien pris le temps de se renseigner sur l’entrepreneuriat avant de se lancer).

Qu’adviendra-t-il finalement ?

Il semblerait que la polémique ait enflé au point de remonter aux oreilles de l’Etat. Hervé Novelli, le secrétaire d’Etat aux PME, a fait son mea culpa.. Il reconnaît que la communication a été maladroite (on se souvient tous du « 0 chiffre d’affaires = 0 taxes », qui n’est effectivement pas vrai).

Les auto-entrepreneurs qui n’ont rien gagné ne devraient donc rien avoir à payer… Mais attention, ce sursis n’est que temporaire ! Consultez bien le site de l’auto-entrepreneur (et sa FAQ bien fournie). Très concrètement, si vous n’avez pas souscrit au prélèvement libératoire lors de la création de votre auto-entreprise, vous avez encore jusqu’au 31 décembre pour le faire. Ce système vous permet d’être exonéré de la CET pendant 3 ans (mais au-delà il faudra quand même payer !).

Enfin, si vous avez créé une auto-entreprise et que vous n’avez rien fait avec, il est encore temps de vous demander si vous souhaitez la conserver ou la clôturer. Si vous souhaitez la conserver, pourquoi ne pas profiter de la période de Noël pour écrire un Business Plan pour l’année prochaine ? :o)

18 Comment
  1. Article interessant et pour toutes les personnes qui sont dans ce domaine, sauront en effet que l’état a eu un GROS manque de communication.

    Il aurait peut-être été sage de rajouter ce complément d’adresse : http://www.apce.com/pid11651/outil-
    Qui permet de simuler et de comparer le régime de l’auto-entrepreneur avec celui de la micro-entreprise et de l’entreprise individuelle classique.

  2. Billet très intéressant (comme d’hab :D ) d’autant plus que j’ai l’intention de devenir auto-entrepreneur dans les mois à venir (mais j’y ai bien réfléchi, et y réfléchi encore ;) ).

  3. Bon article,

    Malgré tout, j’ai l’impression que tu portes sur le problème un regard d’entrepreneur « à l’ancienne ».

    Juste pour apporter un autre point de regard, je vais t’expliquer m’a situation :
    Je suis actuellement en 1ère année du cycle d’ingénieur (après une prépa) informatique. Je touche pas mal aux techno web et j’aime bien faire des sites web.
    J’ai déjà fait les sites pro de mes parents (à leur compte), mais de façon non déclarée.

    Je me suis dit dernièrement que ça serait pas mal de me mettre auto entrepreneur au cas ou l’on me propose une création de site. De cette façon, je pourrai facturer et déclarer plus simplement mes revenus.
    Pour moi la force de l’auto-entreprenariat, c’est que si je ne fais rien, je ne paye rien. C’est tout con, mais ce n’est pas du tout le même objectif que monter sa boite. Pour moi, on ne créé pas son auto-entreprise : le jours ou je créerais ma boite, ce ne sera pas en auto entrepreneur, même si je suis tout seul…
    Là, je veux juste un moyen simple de déclarer mes revenus ponctuels sur des contrats précis. Je n’ai en aucun cas de plan d’entreprise ni de développement.

    Dernièrement, j’ai aussi eu l’envie de créer une vrai structure, avec possibilité d’avoir des personnes avec moi, mais les démarches et les charges étaient trop élevé (sans compter que je perdais le status d’étudiant et tous les avantages qui vont avec).

    Enfin voilà, je trouve que dans l’article le point de vu de l’entrepreneur de pme ou de sarl, était un peu trop forts…

  4. Vous dites « vous pouvez passer en prélévement libératoire jusqu’au 31décembre », mais les inscriptions post-décembre seront elles imposées ?

  5. Sumbobyboys > c’est peut-être justement comme je le disais la grande erreur du statut d’auto-entrepreneur. Si on décide de devenir auto-entrepreneur (= entrepreneur = monter sa boîte !) pour « 2-3 trucs vite faits par-ci par-là dans l’année », alors il y a un problème. Je suis parfaitement conscient qu’on a beaucoup présenté ce statut comme ça, mais ces taxes (qui seront dûes par tout le monde d’ici 3 ans !)  nous rappelle que ça n’a pas de sens de créer une auto-entreprise « au cas où ».

    J’ai entendu un cas par exemple où quelqu’un avait monté son auto-entreprise pour déclarer du… babysitting ! Est-ce que c’est bien pertinent, sachant qu’il existe le chèque emploi-service ? Clairement non. Pour des activités aussi ponctuelles, il faut à tout prix trouver un autre moyen qu’une auto-entreprise…

    Les auto-entrepreneurs devraient prendre le réflexe de provisionner dès maintenant 100-200€ par mois (ce qui n’est pas énorme pour une entreprise), au cas où des taxes comme celle-là tomberaient. Si vous ne pouvez pas le faire, c’est que vous ne faites certainement pas assez de CA.

  6. @Sumbobyboys : Je partage totalement ta vision de la chose et je fonctionne de la même façon car je suis encore étudiant comme toi en école d’ingénieur.
    De plus, aujourd’hui le sénat a tranché en faveur des AE : http://www.latribune.fr/vos-finance

    Mais je partage tout de même ta vision de la chose M@teo en ce qui concerne le fait que pas mal de gens se sont mis AE alors que d’autres moyens de rémunération « légaux » plus appropriés existent ;)

  7. Je te donne mon cas personnel, ça t’aidera à comprendre que dans le statut d’auto entrepreneur il y a une 3ieme catégories en plus de deux que tu cites dans l’article.

    Je développe un site web depuis plusieurs années qui me rapporte de l’argent (via des CB par exemple) mais la situation serait la même avec un gros trafic et des revenus publicitaire « important ». A partir d’un certain moment (moment non défini dans les faits, qui est laissé à la discrétion de l’administration fiscale) ton activité est reconsidéré en activité de commerce de fait avec tous les impôts et rappels d’impôts qui vont avec. C’est aussi ce qui est arrivé aux gros vendeurs particuliers d’ebay.
    Mais comment peut on payer « autant » d’impôt sur une activité qui ne rapporte dans les faits, même pas 100 € par mois (frais de fonctionnement important) ?

    1. Ne rien déclarer jusqu’à temps de se faire rattraper par la patrouille. Tant qu’on reste a des petits niveaux, il n’y a aucun soucis.
    2. Passer en statut d’auto-entrepreneur, même si on gagne peu d’argent tout simplement pour éviter d’en perdre le jour ou la patrouille tombe sur le statut 1.

    Aujourd’hui je suis entre le statut 1. et 2., en tout cas je me pose la question. Mais que faire d’une activité qui me rapporte peu d’argent (que je ne fais même pas pour ça)? Je suis pas prêt de lancer une SA ^^

    Il reste le statut d’association vous me direz. Mais dans ce cas la, prendre l’argent généré (80 € de septembre à décembre) pour m’aider pour la période des fêtes serait interdit.

    Je sais que l’idée c’est d’avoir le beurre et l’argent du beurre et tout et tout. Mais dans l’idée de minimiser les pertes n’importe qui te conseille de devenir auto-entrepreneur même s’il n’y a rien à y gagner.

    Après le problème est politique (peu importe la couleur de celle ci).
    1. Préfère t’on avoir du travail au Black? que du travail déclaré mais qui ne fait pas perdre de l’argent à des gens qui n’en gagne pas? Je parle vraiment des mini-structures, qui gagne peu d’argent. C’est une passion le soir, pas un travail (que j’ai a coté).
    2. Cette mesure est (était?) une mesure de sortie de crise. Lancer les gens dans l’auto-entrepreneuriat pouvait en sauver quelques uns. Mais ça reste une manœuvre gouvernemental, tout le monde doit se féliciter d’une nombre d’adhérent et de sa réussite (à raison). Comme dans toute chose, il y a une part de casse et d’incohérence.

    PS: il n’est aucunement mon intention de lancer un débat politique, ni de critiquer qui que ce soit. Mais il est absurde de retirer de cette mesure, le contexte dans lequel elle a vu son apparition.

  8. Bonjour à tous.

    Le rappel que Mathieu a fait ci-dessus est parfaitement juste. L’autoentreprise n’est pas une initiative anodine pour celui qui prend la chose au sérieux. Dès lors, la CET ne devait être une surprise pour personne si l’on est honnête avec soi-même. Pour ma part, en AE depuis juin dernier, je l’ai intégré dans mon schéma de départ.

    Je vais même aller plus loin : les autoentrepreneurs qui n’ont pas pris de précautions pour se déclarer comme tels sont inconscients. Tous les entrepreneurs, quelle que soit la forme de leur entreprise (individuelle, société…) s’accordent à dire – même si cela leur fait mal au ventre – qu’en étant taxés, ils contribuent à l’effort économique (et social) de la société française. Pourquoi alors crier au loup, même si nos gouvernants ont fait une faute (et non pas une erreur, comme je l’ai lu ici et là) ? Pourquoi les AE seraient-elles exemptes de cette (modeste, tout de même) contribution ?

    Là où le bât blesse, c’est que l’on considère deux fois un même lieu… Je m’explique. Les AE font souvent le choix (c’est leur droit) de choisir leur propre logement comme « siège social » de leur entreprise. Or, si la CET considère que c’est sur la valeur locative de leur habitation que le calcul de la taxe doit être fait, la taxe foncière est payée deux fois pour la partie du logement considérée… et c’est là que c’est inique.

    Enfin, les Boutiques de gestion sont aussi là pour aiguiller les candidats à la création d’entreprise. L’APCE est un service également gratuit afin de pouvoir s’y faire conseiller… j’ai peur que beaucoup d’entrepreneurs individuels (= l’origine de l’AE) aient occulté cette partie-là. Bien dommage.

    C’est aussi un des symptômes d’une société qui assiste littéralement chacun d’entre nous : des droits, pas de devoirs… c’est un monde, ça. Le comportement de certains écervelés est vraiment à l’origine d’un mouvement de société qui n’a rien à faire en entreprise. Je suis dur, mais réaliste.

    Cela n’empêche pas ceux qui auront bien réfléchi à leur projet et qui l’auront maîtrisé de se jeter à corps perdu dans l’aventure. Car ça reste une aventure extraordinaire, l’occasion de monter un petit bout de soi-même et de s’exposer. Et en ça, c’est gratifiant lorsqu’on observe le chemin parcouru.

    Bonne journée !

  9. Article très intéressant.
    On est un des pays avec les plus forts impôts et un déficit monstrueux et les gens espérait rien payer lol.
    Un reportage de Capital a été fait, il est peut être disponible sur la toile pour les intéressés.

    A quand le SdZ économie ?
    Cela pourrait être génial avec la simplicité d’explication de Mathieu Nebra.

  10. Très bon article.

    Beaucoup trop de gens ont créé leur boite comme-ci c’était un jeu, maintenant ça leur retombe forcement dessus.

    Je suis moi même auto-entrepreneur depuis un an maintenant. J’utilise ce status comme tremplin.

    J’ai malgré tout un suivi comptable, un plan financier. Ce n’est pas parce que c’est simple à créer que ça doit être fait à la légère.

    J’ai payé 80euros de CET, franchement c’est rien du tout. Il n’y a pas de quoi polémiquer.

  11. Si l’on est dans la situation où l’on gagne un peu d’argent en effectuant de façon sparodique des missions, genre 3-4 fois l’an.
    Suffisamment rentable pour devoir être déclaré mais insuffisant pour pouvoir en vivre.

    Dans ce cas, si l’auto-entreprenariat n’est pas une solution viable (comme tu sembles le dire), alors quelle(s) solution(s) nous reste-t-il ?
    Devrait-on juste laisser tomber une activité parce qu’elle ne génère pas assez de bénéfice pour payer les taxes ou existe-il d’autres solutions que l’auto-entreprenariat ?

  12. Salut Diauce,

    Au yeux de la loi, tu a une obligation de statut légal uniquement en cas de revenus régulier. C’est la régularité qui est soumise à déclaration avant tout.

    Si tu touche des petites sommes de manière irrégulière, 3 ou 4 fois par an. Il suffit logiquement de les déclarer dans la case spécifique de ta feuille d’impôt, c’est tout.

    Tout dépend de ce que tu appel petites sommes quoi ^^

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